06 août 2026
Au début de cette année, nous lancions un programme de résidence destiné aux artistes, et notre maison de patrimoine a eu le privilège d'accueillir Guilhem Beugnon comme premier résident. Historien régionaliste français, celui-ci est un connaisseur avisé du Sri Lanka, où il a vécu plusieurs années à la fin des années 1990. Ce voyage marquait toutefois son premier retour en trente ans.
Aux côtés de sa compagne de route, il a traversé le pays avant de mettre en forme, durant les deux semaines passées à Suriyakantha, une série de vignettes finement tissées.
L'ouvrage compte parmi les tout premiers titres publiés par les Éditions Suriyakantha.
Le livre est en vente à Suriyakantha, Kandy, ainsi qu'en ligne, avec la possibilité d'être livré partout dans le monde.
En 1955, Nicolas Bouvier s'échouait à Galle et en rapportait Le Poisson-scorpion, livre sulfureux, de fièvre et de dissolution, où l'île finit par ronger celui qui la regarde.
Écrit soixante-dix ans plus tard, Tuk-Tuk Stories en est le contrepoint exact ; son antidote. Même acuité du regard, même refus du pittoresque de carte postale ; mais là où Bouvier s'enfonçait, Beugnon s'éclaire. Il s'amuse aussi car il joue le jeu ; cela lui réussit.
L'écriture de Tuk-Tuk Stories est savoureusement pointilleuse, à l'image de l'observation qui la nourrit : rien n'échappe au narrateur, ni le détail vestimentaire de ce peuple bigarré, ni les épices qui fument dans leurs assiettes, ni l'inflexion de voix qui changent de timbre ou les panneaux qui changent d'alphabet d’une région à l’autre sans crier gare, ni l'étrangeté tranquille d'une situation que personne autour de lui ne songe à trouver absurde. Cette minutie, qui pourrait tourner à l'inventaire, est constamment relancée par une invention qui emprunte tantôt au poème, tantôt au rapport ethnographique, tantôt encore au répertoire très languedocien des références personnelles de l'auteur… et souvent, très souvent, au comique pur.
Le tour de force tient à ce que ce rire ne se fait jamais aux dépens de l'île. L'ironie, ici, se retourne d'abord contre le voyageur lui-même et… son inoubliable compagne. Ce qui reste, une fois la drôlerie retombée, est une vision profondément humaniste de l'altérité. Celle d'un homme qui accepte de n'être pas au centre du tableau.
À lire avant le voyage, en rêvant de l'île ; pendant, en prenant l'opuscule pour son Guide du routard ; ou après, en découvrant tout ce que vous avez raté.
- Janaka Samarakoon

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